Liesse

La nuit tes mains
Songent ma peau
Profondément
Ta bouche me baise
Dernière nos yeux clos
Nos lèvres s’obstinent
À fuir le sommeil
Par haussement de langues
Balancent tes hanches
Houle roule
Entre mes cuisses
S’immisce
Ton sexe dressé
Gorgé de foudre
Déferle un désir cru
À ras le coeur
À ras le cul
En liesse
Un doigt glissé

Maintenant je dors
La solitude tranchée
En deux

Après

Écrire sur une feuille je vais avoir cinquante ans. Faire face à ce demi-siècle, le prendre de tout son poids, se faire à l’idée. Carburer au désir, aux moments opportuns, à ce qui devrait finir par arriver, à ce qui pourrait soulever mes seins comme au premier jour de mes seize ans. Printemps mille neuf cent soixante-dix-huit. L’avenir si loin devant. M’accrocher à ce qui reste, au désir qui sombre trop souvent. Toucher la lumière ne serait-ce qu’un instant. Jouir encore, sous son corps. Je voudrais qu’il m’aime, moi et pas une autre. Sinon rien. Désormais, rien sera. Je n’ai plus trente ans. À force de dormir seule ma peau s’assèche. Rarement je pleure. Est-ce de la résignation, de la sagesse? Je ferme les yeux, me dit qu’ils pourraient ne plus jamais s’ouvrir. Je n’ai pas peur. Au matin, je m’éveille.  Étonnée. Rarement le coeur lourd. Vagabonde ma vie comme au premier jour. Assoiffée. Après. Je goûterai les jours avant la fin. Un défilé en accéléré. La solitude ne fige rien. Seule la mort le permet. Figer, raidir, arrêter, anéantir, disparaître. Et puis, plus rien. Après.

Tout

Amour j’ai égaré ton visage
Tout soudain s’enfuit
Tout devient rien
Ressac d’un vague à l’âme
Hurlant à la lune

Amour j’ai perdu ta voix
Tout soudain s’éteint
Tout devient aride
Clameur en chute libre
S’étirant au loin

Amour j’ai gardé ton odeur
Tout soudain s’emmêle
Tout devient souvenir
Résonance à bout portant
Déchirant la peau

Amour j’ai capturé ton désir
Tout soudain s’agite
Tout devient plaisir
Murmure en liesse
Gorgeant le sexe

Amour j’ai saisi ton âme
Tout soudain renaît
Tout devient plausible
Souffle à contre-courant
Apaisant le coeur

Battre des cils

Un soir de printemps timide souffle une brise fraîche. Mon pas s’empresse, soulève mes seins. Frôlements de jupe à mes cuisses, de mèches de cheveux à ma nuque. Caresses. Les talons ébruitent ma présence en cadence, sur le pavé crevassé.

Des âmes passent.

Résonance de solitudes sur la ville. La mienne est stridente. Vers toi je fuis portée par un désir en première ligne. Nos vêtements tombent. Illusion de se mettre à nu. L’amour est un acte manqué de mots conjugués en silence. S’aventurer au-delà.

Perpétuel mouvement.

Présence, absence. Un va-et-vient. Tout ou rien. Toi seul me fais vibrer. L’envol prédit la chute. Battre des cils ne suffit plus. Mon coeur blindé d’amours perdus n’attend rien, que l’inattendu.

le vertige

Arc-bouté au vertige le désir s’étourdit.
Je voudrais te dire.
Les mots s’échinent à me mettre à nu.
Tu fouilles parfois mon émoi chargé de foudre.
D’un jet puissant tu l’apaises, à peine ton cri couvre le mien.
Je suis cette paix dans ton ventre.
La muse sans rire qui s’accroche à l’azur les jours sans ton regard.
Au temps perdu demeure l’espoir.
Au cumul des jours mon corps résiste voluptueux.
Pour combien de temps le vertige?
Mon sexe hiberne dans l’attente mes lèvres se gonflent, bouche bée.